Qui s'étonne encore que Johnny Depp soit l'acteur favori de Tim Burton ?! Normal que ces deux êtres au look rock'n'roll se soient croisés un jour, pour ne plus jamais vraiment se quitter. Même passion, même langage, mêmes références communes, même amour de l'ombre.
Cela donne aujourd'hui une quatrième collaboration (et, bientôt, une cinquième : Depp prête sa voix à Victor dans Les noces funèbres, le prochain film d'animation de Tim) et un nouveau rôle à transformation comme l'acteur les aime. Il suffit de surfer dans sa filmo pour se rendre compte que la chose est fréquente... Toujours ce souci du rôle singulier, du look qui brouille les pistes comme ce fut le cas dès ses débuts avec Cry baby, un rôle qui pulvérisa l'image de joli garçon gentil.
Johnny belle gueule aurait pu passer sa vie peinard, du côté de Hollywood, exclusivement. Il a préféré les aventures plus atypiques. Celles où l'on risque et croise de vrais auteurs plutôt que des assurances au box-office. C'est ainsi qu'il laissa la place de chouchou des majors hollywoodiennes à Tom Cruise et creuse, depuis, un sillon audacieux et intrigant, l'énorme succès de Pirates des Caraïbes et la suite à venir n'y changeant fondamentalement rien. C'est sa façon à lui, peut-être, de régler ses comptes avec ses propres démons.
Mais qui est cet acteur charismatique aussi à l'aise dans le drame que la comédie ? Qui est ce comédien inclassable qui, par sa seule présence, peut tirer un fil entre John Waters, Emir Kusturica, Tim Burton, Jim Jarmusch et Terry Gilliam ? Le plus grand de sa génération. C'est Marlon Brando qui l'a dit. Brando avait le flair. Il avait senti que son partenaire était de sa race et de celle de James Dean.
Le plus grand, Johnny ? Affirmatif ! Car il est le descendant direct des meilleurs acteurs du muet. Plus important encore : Depp, jamais aussi bon que lorsqu'il se sert de sa gestuelle plutôt que du vocabulaire, a retenu toutes les leçons du jeu sobre, poignant et drôle de Buster Keaton.
Mais la force de Johnny Depp est qu'il n'imite pas : il transcende. N'ayant jamais cherché à faire carrière, il avance avec la grâce d'une certaine innocence et préserve cette authenticité qui touche. Avec sa bouille de Peter Pan, il joue sur ses ambivalences. Et réinvente sans cesse un jeu qui ne se fige jamais.
Johnny Depp n'a pas de méthode si ce n'est celle du détail visuel qui racontera une histoire à lui tout seul. Ainsi paré, on le sent prêt à tout incarner comme s'il allait jouer un solo de guitare.